Niveau : pour débutant

Cette série d’articles tente de donner un aperçu succinct de la notion d’art en occident, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Le but est de vous donner des clefs de lecture sur l’art en général pour comprendre où nous en sommes aujourd’hui. Si vous n’y connaissez rien c’est l’occasion de voir si cela fait écho à ce que vous connaissez de l’histoire de l’europe dans d’autres domaines !

15e siècle : L’art s’invente à la renaissance. L’oeuvre d’art n’a pas de fonction, elle n’est là que pour la délectation esthétique.

L’origine de l’art tel que nous l’entendons aujourd’hui est une démarche qui apparaît à l’époque de la renaissance, à Florence en Italie. Grâce à Giorgio Vasari, les peintres, sculpteurs et architectes, considérés jusqu’alors comme artisans vont devenir des artistes. C’est une rupture par rapport à l’art Médiéval qui remplissait une fonction sacrée et/ou religieuse (Art celtique, Art paléo-chrétien, Art pré-roman et Art roman, Art gothique, Art byzantin et Art islamique). Désormais, la création d’oeuvre à pour fonction la délectation esthétique.

vasari-dessin-en-ligne Georgio Vasari – Autoportrait (détail)

Avec le début de l’imprimerie, un livre va permettre de valoriser, nommer et glorifier les artistes, c’est “Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes” de Vasari. Ce dernier promeut un art séparé de l’artisanat. Ainsi les artistes sortent de l’anonymat et signent leurs oeuvres. Vasari assimile la peinture, la sculpture et l’architecture au “dessin” qui les rassemble tous en étant l’art supérieur.

Par son geste, l’artiste réalise désormais un acte divin. Il conçoit et les compagnons fabriquent. Un terme va apparaître avec ces nouvelles pratiques : “Le chef d’oeuvre”. Il qualifie les productions les plus admirables de ces auteurs. C’est aussi à ce moment là que le mécénat apparaît (le Pape est le mécène de Michel-Ange). L’artiste est désormais indispensable à la glorification du commanditaire aux yeux du public.

Vasari hisse la peinture et la sculpture au même rang que la physique et l’histoire (art de l’esprit à la renaissance). C’est aussi à cette époque que la représentation de la réalité passe par une redéfinition de ses codes. La perspective apparaît pour créer une illusion d’optique, une illusion de la réalité.

De fait, l’art partage avec les autres disciplines qui se réinventent, une approche basée sur l’observation de la nature pour tenter de la comprendre. Les cabinets de curiosités apparaissent et préfigurent les musées, définis comme un microcosme ou résumé du monde où prennent place des objets de la terre, des mers et des airs (minéral, végétal et animal), à côté des productions de l’homme, ils participent à l’essor de la science moderne. Dürer, Michel-Ange, Raphaël, Léonard de Vinci cherchent à améliorer la représentation du corps et apportent en même temps leurs techniques aux médecins qui pratiquent pour la première fois dans l’histoire la dissection. On retrouve également ces passerelles entre les disciplines avec l’anamorphose (système optique utilisé par les artistes) qui est aussi un procédé mathématique.

A gauche : Proportions du corps de la femme, Albrecht Dürer. A droite : Roger de Piles, 1635–1709. Abrégé d’anatomie, accommodé aux arts de peinture et de sculpture. Paris, 1668

A gauche : Études anatomiques de la musculature de l'épaule, du cou et du thorax, vers 1509-1510, plume et lavis brun sur pierre noire, 28,9 x 19,8 cm, Windsor Castle, Royal Library. A droite : Étude anatomique du foetus dans l'utérus, vers 1510, plume, lavis brun et craie rouge, 30,4 x 22 cm, Windsor Castle, Royal Library.

A gauche : Leonard de Vinci. Études anatomiques de la musculature de l’épaule, du cou et du thorax, vers 1509-1510, plume et lavis brun sur pierre noire, 28,9 x 19,8cm, Windsor Castle, Royal Library. A droite : Léonard de Vinci. Étude anatomique du foetus dans l’utérus, vers 1510, plume, lavis brun et craie rouge, 30,4 x 22 cm, Windsor Castle, Royal Library.

C’est aussi à cette époque que Van Eyck innove et porte la technique de la peinture à l’huile à la perfection, à tel point que Vasari lui attribue son invention. Il est le premier à peindre des sujets du quotidien et surtout des portraits dont le regard fixe le spectateur, ce qui pour l’époque était radicalement nouveau.

Par ailleurs, la redécouverte de la Rome antique influence fortement la production artistique occidentale (Domus Auréa). L’art devient un art total, les artistes organisent et mêlent toutes les techniques, (la sculpture, l’architecture, la peinture, les bas reliefs et l’art du jardin) pour un rendu visuel entre sculpture et peinture en relief et trompe l’oeil. Il recouvre du sol au plafond les églises et les demeures profane dont l’aboutissement est le maniérisme. Il s’agit d’une vision du monde à visée universelle.

Chapelle Sixtine, Michel-Ange, inauguration en 1512 Chapelle Sixtine, Michel-Ange, inauguration en 1512

Gorgio Vasari, Interieur Gorgio Vasari, Intérieur

Domus Auréa Domus Auréa

Dans le prochain article vous verrez comment l’art se met au service des rois et de la propagande religieuse et comment il commence à décrire le quotidien.


Pour lire la série d’articles consacrés à L’invention de l’art en Europe :

L’invention de l’art en Europe 2/8. 
16e – 17e siècle : L’art au service des rois et de la propagande religieuse. L’art décrit le quotidien.

L’invention de l’art en Europe 3/8. 
19e siècle : Au début de l’industrialisation, l’art rompt avec les sujets officiels et fait place à la nostalgie du passé et de la nature

L’invention de l’art en Europe 4/8. 
Fin du 19e siècle : Cadrer l’insignifiant quotidien et transposer la lumière en matière picturale


 

Article inspirée de « Image, une histoire mondiale » de Laurent Gervereau, dont je recommande la lecture.