Niveau : pour débutant


Cette série d’articles tente de donner un aperçu succinct de la notion d’art en occident. Depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Dans le but de donner des clefs de lecture sur l’art en général et de comprendre où nous en sommes aujourd’hui

Fin du 19e siècle : Cadrer l’insignifiant quotidien et transposer la lumière en matière picturale

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Claude Monet « Impression, Soleil levant » 1873, Musée Marmottan, Paris

A la fin du 19e siècle, Claude Monet avec son tableau manifeste “Impression, soleil levant” (1873) exécuté au Havre fait scandale et lui donne son nom “impression”. C’est une révolution dans la manière de peindre : l’usage de la couleur d’une part et dans le choix du sujet peint d’autre part.

En effet, la couleur est utilisée de façon non réaliste. Elle est aussi à l’origine des formes peinte sur le tableau. Contrairement à ce que préconise l’école Florentine à la renaissance “le dessin est au dessus de la couleur, c’est par lui que la forme est figurée”, une conception de la peinture qui a jalonné toute l’histoire de l’art jusqu’aux impressionnistes, les couleurs peuvent désormais être utilisées de façon non réaliste. Mais pas de n’importe quelle façon ! Les impressionnistes se basent sur les recherches du chimiste Eugène Chevreul. Il classe les couleurs en couleurs primaires (bleu, jaune, rouge) et secondaires directement issu du mélange des couleurs primaires (vert, orange, violet) avec deux non couleurs, le noir et le blanc qui résulte du mélange de toutes les couleurs.


Eugène Chevreul, « De la loi du contraste simultané des couleurs » et son cercle chromatique

Avec cette nouvelle démarche, l’impressionnisme quitte les couleurs symboliques pour les effets d’optique. Les artistes jouent donc avec les complémentaires pour créer des contrastes visuels très violents (utilisés plus tard dans le Pop Art et l’art Psychédélique). La forme est diluée dans la couleur. Ce que les Pointillistes, Néo-impressionnistes (Van Gogh, Munch et Gauguin), les Fauves (Derain et Matisse) ou les Expressionnistes (Kirchner) vont radicaliser plus tard. L’usage de la couleur et sa primauté sur la forme (sans le trait qui définit la forme) influenceront l’abstraction spirituel, lyrique (Kandinsky) et géométrique.

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Vincent Van Gogh, « La Nuit étoilée » 1889, Musée d’Art Moderne, New York (États-Unis)

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Edvard Munch ‘Le cri’ (détail) 1893, National Gallery d’Oslo (voir en entier)

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Paul Gauguin « Fatata Te Miti », 1892

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André Derain « Le pont de Charging Cross », 1906

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Matisse « La desserte rouge » 1908

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Ernst Ludwig Kirchner « Sitzendes Mädchen » 1910

A la même époque la photographie est créée par Nicéphore Niépce. Elle va énormément influencer la culture visuelle des artistes impressionnistes : Son aspect abrupte, ses cadrages, sa composition sur du rien (n’est pas basé sur les règles de la composition classique de la peinture), la manière inattendue de couper l’espace, le “flou” lié au mouvement, bouleverse la notion de “sujet” et de “cadrage”.

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Livraison de lait Gare des Batignolles, 1854, Paris

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Saussure Pereire depot Batignolles, 1854, Paris

La vision photographique, l’aspect dérisoire et le regard sur ce qu’on ne représentait pas, s’immisce dans l’art ( panneaux de signalisation ferroviaire etc…). Cette nouvelle façon de voir le monde met à mal la représentation en peinture basée sur une composition savante (nombre d’or) et une accumulation d’éléments signifiants sous forme de symboles.
Désormais un bout de rocher, une meule de foin ou une gare enfumée deviennent des sujets. L’impressionnisme est donc une révolution dans la manière de représenter, de cadrer et de choisir des sujets au moment ou apparaît la photographie.

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Claude Monet « Meule, soleil dans la brume », Huile sur toile, 1891, Minneapolis Institute of Arts, Etats-Unis

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Claude Monet, « La Gare St Lazare », Paris 1877


Dans le prochain article vous verrez comment, à l’époque coloniale, l’art va intégrer l’art des autres civilisations via quelques véritables passeurs (artistes).

 


Pour lire la série d’articles consacrés à L’invention de l’art en Europe :

L’invention de l’art en Europe 1/8.
15e : L’art s’invente à la renaissance. L’oeuvre d’art n’a pas de fonction, elle n’est là que pour la délectation esthétique.

L’invention de l’art en Europe 2/8. 
16e – 17e siècle : L’art au service des rois et de la propagande religieuse. L’art décrit le quotidien.

L’invention de l’art en Europe 3/8. 
19e siècle : Au début de l’industrialisation, l’art rompt avec les sujets officiels et fait place à la nostalgie du passé et de la nature


Article inspirée de « Image, une histoire mondiale » de Laurent Gervereau, dont je recommande la lecture.